L’accueil de la tradition de foi orthodoxe en Afrique occidentale

Pastille a1

L’évangélisation des régions occidentales de l’Afrique fut menée par l’Église catholique romaine, par les traditions de la Réforme protestante luthérienne, méthodiste et calviniste et par l’Eglise anglicane arrivée à Cape Coast, au Ghana, en 1751[1].

Le christianisme des premiers siècles, fidèle à l’esprit des Pères de l’Église, à sa théologie et à sa tradition spirituelle, inséparable du fondement dogmatique de la foi orthodoxe des sept Premiers Conciles œcuméniques et de l’ecclésiologie de l’Église indivise, était méconnu dans les régions occidentales de l’Afrique.

L’accueil à l’aube du troisième millénaire de la « juste foi », la foi orthodoxe, dans le souffle de l’Esprit, augure un baptême plénier des nations africaines, de leurs cultures et de leurs traditions. La nation est un don de Dieu, elle est un mystère inaccessible à notre intelligence sans la Révélation divine dont l’Église, dans le Souffle de l’Esprit, dans l’avènement de la Pentecôte, assure le dépôt sous le sceau de la Tradition apostolique et de la vie conciliaire des églises locales. La constitution des nations est, dans l’Histoire du Salut, une étape nécessaire à l’accomplissement de l’économie divine de rachat et de rédemption de l’humanité déchue de la grâce divine. L’homme modelé par « les deux mains du Père », le Verbe et l’Esprit, en conformité au « modèle de la chair glorieuse du Christ », de même que tous les êtres et tous les univers, surgis du néant et venus à l’existence par la parole créatrice de Dieu, étaient, à l’aube de la création, dans une perfection instable. Toute l’œuvre divine, dans son fondement mystique, était appelée à revêtir, dans le souffle de l’Esprit, la noblesse du dessein divin en devenant « Église ». La création, avait pour but, dans le projet de Dieu de devenir Église. Elle devait, en cela, tendre par l’énergie de l’amour de l’homme à une plénitude d’union avec Dieu.

Tout ce qui a été créé par Dieu dans les natures diverses, concourt ensemble dans l’homme, comme dans un creuset pour ne former en lui qu’une perfection unique – telle une harmonie composée de sons différents.[2]

Les nations[3]  sont une icône préfigurative de l’Église parce qu’il y a un mystère de la nation inaccessible à notre intelligence que seule l’Église est en mesure de révéler. Elles sont appelées à entrer dans le sein de l’Église et à être engendrées par elle à une vie nouvelle en Jésus-Christ. Dans sa destinée historique du point de vue humain, la cohésion de la nation est acquise au prix d’une opposition à tout ce qui est considéré comme étranger à ses valeurs. Elle se constitue une histoire qui perpétue sa mémoire et garantit son originalité et sa singularité. Celles-ci exigent, souvent de sa part une exagération, outrée de son image, celle qu’elle désire offrir d’elle-même, au regard des autres nations. Elle magnifie ses œuvres par lesquelles elle se perçoit dans ses traits distinctifs et dans sa spécificité, irréductibles pour elle à ceux des autres nations. Il en résulte une idolâtrie de son image mais également de sa propre histoire. Car, des fastes de sa gloire passée, elle fait des idoles, auxquelles elle voue un culte sous la forme d’une exaltation exagérée, souvent inconsciente, de son identité. La Croix du Christ, seule, peut l’aider à s’en libérer, afin de lui conférer la vraie liberté, dans la grâce de l’Esprit, en dénouant les entraves dont elle pouvait, indûment, se glorifier et en détachant ses liens de captivité  et de servitude involontaires.

Il faut aux nations, pour collaborer à la construction de l’Église, se dessaisir des « richesses » qui entravent leur marche, et se faire « pauvres en esprit », en déposant les fastes de leur gloire passée au pied de la Croix du Christ. Car, ce n’est que par la Croix, en sa victoire pascale, son triomphe sur la mort, la haine de la justice et sur toutes les aliénations de l’amour, que l’histoire des hommes de toutes nations, de toutes langues et de tous peuples, en dépit de ses déroutes, devient une marche victorieuse vers la vie, la vie véritable.

En devenant  filles de l’Épouse du Christ, l’Église, engendrées dans le Baptême de la Nouvelle Naissance, les nations partagent avec l’Église ses prérogatives. La typologie biblique, par ses figures : celles des patriarches, des prophètes et des justes, constituent autant de constellations dont l’éclat doit illuminer leur route. Purifiées dans le déluge de Noé, figure du Baptême, elles sont sanctifiées par la bénédiction de Melchisédech, choisies par la justification d’Abraham, mises à part dans la naissance d’Isaac, rachetées dans la servitude de Jacob par le Seigneur Jésus-Christ qui « par des figures prophétiques, d’une parfaite justesse, dans les patriarches engendre l’Église, la purifie, la sanctifie, la choisit, la met à part et la rachète »[4]. Il leur faut, comme au Patriarche Abraham, quitter la terre d’Ur, embrasée par la fournaise de l’impiété[5] et privée des ondées de la grâce divine, sortir de la maison de leurs pères (Gn 12, 1), c’est-à-dire, des valeurs transitoires, sans garantie pour l’avenir et se tourner vers la terre des promesses divines, illuminée par les commandements de l’Évangile, en devenant un creuset de fructification des semences de paix, de justice et d’équité ; en instituant une éthique qui ne perde pas de vue la sainteté de la vie et en témoignant d’une attention soucieuse des pauvres et des déshérités. Il leur faut assurer la sauvegarde et la protection de la création « faite pour chanter la gloire de son auteur »[6]. Le monde créé par Dieu, en dépit des agressions réitérées de l’homme et le déni de sa sainteté, n’en demeure pas moins sous le regard de son Créateur, « un sacrement », une œuvre sainte confiée à l’homme pour qu’il y fasse resplendir la gloire divine. Les nations, en Afrique et partout ailleurs doivent, comme Isaac, par obéissance à la Parole du Père révélée en Jésus-Christ, et par leur fidélité à la doctrine de l’Évangile, devenir par leurs œuvres de justice, une offrande que Dieu agrée, sur l’autel de l’Église (Gn 22, 6-10). Il leur faut, comme Jacob, qui était « un olivier chargé de fruits dans la maison de Dieu » (Ps 51, 10), accorder l’âme de leurs enfants, en dépit de toutes les vicissitudes de l’histoire, au plein épanouissement de l’espérance en Dieu qui ne déçoit point, afin de jouir des fruits de la bénédiction divine : « Que le Seigneur te donne de la rosée du ciel et de la fécondité de la terre, l’abondance du blé et du vin ! » (Gn 27, 27). Car, Dieu, dans sa fidélité, « se fait le rémunérateur de ceux qui le cherchent » (Hb 11, 6).

Les nations sont appelées à entrer dans l’héritage du Seigneur, et à ne former qu’un seul peuple d’une pluralité de langues et de cultures sans qu’une telle diversité soit une entrave à l’unité du Corps de l’Église, mais concoure, par la symphonie des cœurs et dans le souffle de l’Esprit-Saint à composer, dans la langue de l’Évangile, une hymne harmonieuse aux accents merveilleusement accordés « dans un même amour, une seule âme, un seul sentiment »
(Phil 2, 2).

Lorsque le champ du monde, ensemencé aujourd’hui “de bons grains et d’ivraie », sera à la fin des temps vanné, et que toutes les nations de la terre qui appartiennent au Seigneur, entreront dans l’Église pour ne former qu’un seul peuple, alors se constituera cet héritage promis par le Père au Fils dans le psaume de David : « Demande et je te donnerai les nations en héritage, pour domaine les extrémités de la terre » (Ps 2, 8), « Toutes les nations que tu as faites viendront, elles se prosterneront devant toi, Seigneur, et elles glorifieront ton Nom dans les siècles, car tu es grand et tu fais des merveilles, toi seul est Dieu. » (Ps 85, 9-10).

En se tournant vers la lumière du Christ, en vue de devenir une nation chrétienne, de constituer, unie aux autres nations, dans l’Église du Christ, le peuple saint de Dieu, la nation qui met son espérance dans la miséricorde de Dieu, se laisse illuminer par la gloire divine, qui alors la couvre de ses ailes protectrices.


[1] La Mission anglicane au Ghana a débuté à Cape Coast en 1751 avec l’arrivée du  pasteur Thomas Thompson, de la Société pour la propagation de l’Evangile. Le pasteur Philip Quaque fut le premier prêtre anglican du Ghana. Il débuta sa charge pastorale à partir de 1766.  La première mission d’évangélisation de l’Eglise anglicane au Nigéria, la Church Missionary Society a débuté au XIXe siècle. Le premier baptême fut administré en 1852 au jeune Ajayi, qui deviendra plus tard le premier évêque anglican originaire du Nigéria, en Afrique subsaharienne. Le premier missionnaire de la Church Missionary Society arriva au Nigeria par Badagry en 1842. Une équipe plus importante de missionnaires le rejoindra en 1845. La mission du pays  Yoruba sera fondée en 1852. La mission du Niger débutera  ses travaux à Onitsha en 1857. On pouvait dénombrer en 1935 cinq diocèses de l’Eglise anglicane en Afrique occidentale. Deux d’entre eux étaient au Nigéria : le diocèse de Lagos fondé en 1919 et le diocèse sur le Niger en 1920. Ces deux diocèses, ainsi que les trois autres de  Sierra Leone (1852), d’Accra (1909) et de la Gambie (1935) formeront la Province diocésaine anglicane de l’Afrique.

(sources:http://capecoast.anglican.org/capecoast/Seminary.html; http://www.oikoumene.org/en/home.html)

[2] ibid., page 103

[3] Nation : substantif dérivé du latin nascere[3], [nascor, natus sum], suivant les sens dévolu à ce verbe – naître, pousser, croître, prendre leur origine, se former, commencer, être produit, provenir, être et exister.

[4] Hilaire de Poitiers, Traité des Mystères, page 75, Coll. Sources chrétiennes N° 19, Éditions du Cerf, 1967

[5] Le nom Ur, signifie « fournaise » dans la langue chaldéenne.

[6] « L’univers n’est pas un produit de consommation, mais un monde « sacramentel », un océan de mystères ». L’homme n’est pas un être « économique », mais un « être liturgique » et doxologique dont la fin est la glorification divine. Il est ensuite un être de communion, qui ne peut trouver son accomplissement véritable dans l’appropriation individuelle des biens de consommation, mais qui est fait pour le don et le partage ». Archimandrite Placide Deseille, Foi chrétienne et écologie, L’Église orthodoxe et la protection de l’environnement, Diversité et unité dans l’univers et dans la société des hommes, page 20, Monastère Saint-Antoine-le-Grand, Métochion de Simonos Petra, 2004