L’héritage de la tradition chrétienne orthodoxe dans l’Afrique d’aujourd’hui

Pastille a1

L’Église orthodoxe, dans sa fidélité à la Tradition de l’Église indivise des premiers siècles, est présente localement en différents lieux et est établie sur le principe d’une communion entre elles et dans l’unique Corps du Christ, des Églises locales qui englobent, chacune, en leur sein plusieurs nations-ethnies[1].

Cet héritage qui s’offre aujourd’hui à l’Afrique et qui est reçu dans un engagement de foi par les peuples de ce continent, est moins un héritage doctrinal qu’un mode de vie, d’une actualité toujours novatrice et créatrice, enracinée dans le terreau de la Tradition conciliaire des premiers siècles de l’Église. L’offrande aux hommes de tous peuples, langues et cultures par l’Orthodoxie, d’une plénitude de vie, reflet de la vie divine et trinitaire, transparaît dans sa liturgie, dans ses rites, ses offices, dans la Parole de l’Évangile toujours continuée dans les écrits des Pères de l’Église, ceux des premiers siècles et ceux que l’Esprit-Saint, dans les périodes les plus actuelles de l’histoire, suscite comme des luminaires porteurs de son Souffle au cœur du monde. En considération de cette fidélité créatrice dont elle a toujours témoigné, l’Église orthodoxe par sa spiritualité, son sens du mystère de la divino-humanité, étranger à l’esprit de la rationalité scolastique, et son dynamisme propre, suscite à chaque époque un renouvellement du cœur et du visage des peuples, et tente à la lumière de l’Évangile, d’actualiser le message du Christ au cœur de l’histoire, d’apporter une réponse appropriée aux besoins du monde à chaque étape de son cheminement historique. Un tel renouvellement nécessite de la part des peuples qui accueillent la tradition de foi orthodoxe, « un effort pour être de dignes héritiers du témoignage de l’époque apostolique, […]. Ce renouvellement signifie le renouveau de la vie du Christ en nous. Il nous faudrait arriver à vivre avec le même sentiment de la présence du Christ que les premiers chrétiens. Le Christ nous dit comme à eux : Je suis avec vous pour toujours » (Mt 28, 20).[2]

L’offrande du cœur des enfants d’une nation, dans la foi, la fidélité, les prières d’action de grâces au Dieu glorifié dans la Trinité, suscite en retour une surabondance de bénédictions et de grâces qui affine, dans la lumière, le visage d’une nation. Car Dieu est le « défenseur de ceux qui espèrent en lui […], qui sauve le peuple qui s’humilie, mais humilie les yeux des orgueilleux » (Ps 17, 31, 28). Le Roi David proclame « Bienheureuse la nation qui a pour Dieu le Seigneur, le peuple qu’il s’est choisi en héritage (Ps 32, 12).

La nation est un creuset de fructification des arrhes de l’Esprit que l’Église du Christ, présente au sein de chaque peuple doit porter à maturation dans les âmes de ses enfants. Car « L’Église est l’avènement de l’humain »[3]. C’est en elle que se révèle la beauté lumineuse du visage des hommes et des femmes, beauté qui n’est autre que le resplendissement de l’âme qui communie en Jésus-Christ à la Source de toute beauté dans la création. Si l’Église, en tant que communauté eucharistique, est le lieu où sont administrés par les sacrements, les remèdes salutaires de la guérison de l’homme séparé de Dieu, la nation, en sa qualité de communauté ethnique et linguistique est le creuset dans lequel doivent s’épanouir les valeurs d’union, de communion dans l’amour, de fraternité, de solidarité de ses membres, car elle est appelée en tant qu’icône préfigurative de l’Église, à une vie de vérité, de justice et d’équité.


[1] Canon 57 du Concile de Carthage de l’an 419. Une Église qui s’étend  » d’un bout à l’autre de l’univers  » (expression dans l’offrande de la sainte Eucharistie ; divine liturgie de St Basile le Grand de Césarée).

[2] M.-A. Costa de Beauregard, Dumitru Staniloae « Ose comprendre que je t’aime », page 37, Coll. Témoins spirituels d’aujourd’hui, Éditions du Cerf, 1983.

[3] Marc-Antoine Costa de Beauregard, Dumitru Staniloae « Ose comprendre que Je t’aime », page 14, Coll. Témoins spirituels d’aujourd’hui, Les Éditions du Cerf, Paris 1983